17_Les chiens sont morts et les caravanes pourissent

Un texte et une illustration de Denis Lucaselli.

Qui a dit que la campagne était paisible et reposante ?
S’il y a bien un truc en particulier qui me retourne la tête, c’est d’entendre un chien aboyer sans arrêt. Alors quand ils sont environ quinze, tous fan de chasse à gueuler pour un rien, c’est à dire une meute assoiffée de bruits, à l’affût de n’importe quel petit signe; à transformer un chant en bombardement et ce à toutes les heures de la journée, je me dis que je serais vachement moins étanche quand je les aurais en stéréo. Parce que mon voisin à commencer à construire un second chenil, à l’arrache, mais bien en dur, à quinze mètre du premier, de la même capacité et ce juste en face de chez moi, à pas plus de quinze mètres, là encore !
 » A l’arrache », pas tout attaché, comme qui vous savez. Ce n’est pas le nom de son architecte, ni du chef de meute. On parlera ici plutôt de « mal dominant » ! C’est juste parce qu’il a oublié,le distrait, de déposer un permis, qui lui aurait été de toutes manières refusé ! Même si il avait été le maire ou le sous-préfet, ce n’est pas peu dire !
Alors, je me dis plusieurs choses :
-En premier, que les multiples de quinze ne me réussissent pas vraiment.
-En second, qu’en ville, une histoire comme ça, aurait tourné en guérilla urbaine !
Maintenant, je peux dire que je comprends l’histoire du type sans histoire, qui un bon matin, « pète un boulard » et bute tous le monde ! Juste parce qu’il n’arrivait plus à entendre ses céréales s’étirer dans le lait !
C’est un ancien objecteur de conscience qui vous le dit. Qui par acte de conscience, à refuser un jour d’empoigner une arme pour jouer à la « gaie-guerre » durant son service militaire. Aujourd’hui, il m’arrive souvent d’avoir envie de faire de la boucherie avec une grenade, juste pour retrouver une certaine intimité avec les oiseaux.
Tous ça pour dire que, non seulement, j’appréhende quand la caravane passera, pas juste, parce que j’aimerais contre dire une certaine expression et ce pas juste en passant par chez moi ! Mais qu’avant de la conjuguer (cette caravane) au futur du conditionnel, l’impératif du présent du présent risque encore de ne pas être une mince affaire. Quand je vois le mauvais état général de l’OVNI pour ne pas dire épave, je me réjouis chaque jour que Dieu fait, (même si je ne suis pas croyant) qu’il n’y ai pas encore l’obligation de passer un contrôle technique sur les charrettes. Je me réjouis aussi d’avoir eu un parcours plutôt « border line » qui me permets de développer une certaine forme d’imagination, enfin suffisamment pour savoir faire mentir le réel avec l’imparfait, pour croire en l’impossible du subjonctif !
A plus forte raison quand je vois l’équipe de « freaks » que nous formons ! Je me dis que nous pourrions plus apparenter ce projet à de l’art forain, juste en nous présentant les uns, les autres à tour de rôle, ça ferait une attraction de monstres !
Je me dis aussi que l’on a rien à perdre parce que l’on a tous gagné le droit de participer à une aventure hors du commun, pour ne pas dire une belle aventure humaine. Pour ça , il faudra juste soustraire à la fin les engueulades !
Enfin, on se rassure comme on peux dans la vie.
Comme disait Brel, avec qui nous n’avions rien en commun (dommage !) sauf peut-être un certain talent d’être tous de « vraies brêles ». qui disait : « Ce qu’il y a de bien dans le pire, c’est que lui au moins n’est jamais décevant ! ». Pas comme nous ! Enfin, j’espère toute fois que nous serons tous à la hauteur de votre déception. C’est un ancien objecteur de conscience qui vous le dit. Lui même entré en résistance pour aider à conduire ce projet, et pour le reste, on verra bien en temps de guerre !
Prendre sur son temps libre pour retaper une caravane pourri dans un atelier pas du tout isolé, ni chauffé par -10°C, cela relève, certains dimanche, d’une pulsion masochiste ou d’une pénitence. Dans les deux cas, fils des trente glorieuses, ça te donne l’impression de partir à la guerre. Alors dimanche en sortant de table, si tu penses à nous, même en culpabilisant (?!?), tu seras quand même un patriote !
Et puis tous le monde le sait bien, (surtout les hypocrites) qu’en cas de victoire, à la libération (de la caravane), tous le monde aura été résistant ! En passant par la chaîne du chien; à tous ceux qui l’auront ouvert.
Alors ouvrez vos yeux, au passage de la caravane. Si ce n’est pas un miracle, alors ce sera une illusion d’optique.
Dans les deux cas, ça ne vous laissera pas de marbre; bande de morts…

A Daniel, mon Jean Moulin de la caravane…
avec toi Denis.

le penseur de caravane
le penseur de caravane par Denis Lucaselli

Une pensée sur “17_Les chiens sont morts et les caravanes pourissent”

  1.  » Quand je me regarde , je m’effraye … quand je me compare , je me rassure !!! …  »
    (Le Diable Boiteux … alias Talleyrand )

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