18 au 24 mars 2013_Les Echappées Belles / Part 1

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l’avant veille du départ, au lieu d’aller accroché pour l’exposition Boroillote, je suis encore à l’atelier avec Denis à préparer la caravane.
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Le 14 mars, il neige gras, je vais à Belfort pour contrecoller les tirages, il n’y a plus de Dibon© aluminium. C’est bien fait !

Ça fait des semaines que ce texte devrait être écrit. Fidèle à moi même, je l’écris quand il n’a plus lieu d’être, c’est bien plus simple, c’est une philosophie que j’applique au pied de la lettre : « d’un âne on ne fait pas un cheval de course. » Mais avec un âne on gravis des sommets !
Au fond cette pratique a du bon, elle permet de faire office de filtre, ainsi tu ne gardes que les bonnes choses ou mieux tu mélanges les évènements pour inventer une nouvelle histoire. Réécrire l’Histoire, je vais postuler au ministère de l’information d’Orwell.
Choisir la photographie, c’est choisir de mentir !
De toute façon, j’avais prévu de m’y prendre à l’avance sur cette exposition. J’en attendais un tas de choses, il s’est passé des choses mais pas celles que j’escomptais. Comme quoi, il ne faut jamais s’attendre à rien si l’on veux ne pas être déçu !
Bien sûr, c’est au dernier moment que tout va être fait, c’est tellement plus simple de faire compliqué, au moins on est sûr de faire…même mal.
Je récupère les tirages l’avant veille du départ. La météo est au blanc, au froid, au givre, il neige des packs de glace, les routes sont bloqués. La caravane n’est pas prête. Je traine un découvert sanglant à la banque…d’ailleurs je ne rentre plus dans mon agence bancaire de peur que tous le monde se foutent de moi.
Je suis surtout fatigué, fatigué par mon rythme de vie, la mise en place de la garde alterné, les sentiments qui se bouscule dans mon petit cœur et surtout mes activités professionnelles qui merdoient grave font que je suis obligé de m’ORGANISER.
ORGANISATION, ce mot sonne comme une insulte.
Au fond, je commence à le comprendre seulement maintenant, je suis un artiste.
Aussi je rêve encore de tous ceux qui avaient ma confiance et qui en ont fait une pourriture puante. Moi qui pensais qu’on ne rêve que des gens que l’on aime, je rêve de personnes que je voudrais ne plus aimer.

Le meurtre suppose et couronne la révolte: celui qui ignore le désir de tuer aura beau professer des opinions subversives, il ne sera jamais qu’un conformiste.

Oui, j’ai décidé de m’assumer comme telle, un Artiste, égocentré, qui ne se soucie nullement de son entourage. Certains diront que j’ai toujours agis ainsi.
Que j’ai toujours fais ce que je voulais et je ne me souciais pas de ce que les autres peuvent ressentir ! Si je devais faire le compte des choses que je n’ai pas faites parce que je savais qu’il y aurait un impact sur mes proches…Qui s’est jusqu’à présent soucié de ce que je pouvais vivre ou ressentir ? Allez, faisons le compte (encore !), pas grand monde, pour ainsi dire une seule personne ! Je m’en contente.
Ses amis ont les comptent sur les doigts d’un doigt. One finger, one friend. Finalement, c’est surement logique, on a les amis qu’on mérite et on vit les évènements que l’on provoque, non ?
Ça en fait une somme de conneries et de phrases toutes faites, je préfère dans les temps difficile, me plonger dans les pensées de Cioran, l’humour c’est comme le café, plus il est noir et amer, plus il vous brule par sa subtilité.
Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts.

Vincent, j’avais vraiment envie de te voir et je ne le regrette pas ! Mais j’y reviendrais tout à l’heure…Parce que à ce stade du texte, soit vous vous dites que je suis bargeot de raconter ma life, soit vous vous êtes déjà arrêter; dans les deux cas, le mieux c’est de ne pas continuer parce que ce qui suit est insipide à souhait. Un vrai verre d’eau, et encore, l’eau désaltère, cette histoire, elle va vous asséchez !

Le secret de mon adaptation à la vie ? – J’ai changé de désespoir comme de chemise.

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Plaquette de beurre, aussi puéril que l’autre idiote : allo quoi ! plaquette de beurre ? y clique sur la tof 🙂 attention : – de 18 ans, verbotten !!!

La veille du départ, j’ai couru toute la semaine, parce que j’ai beau faire des listes je fini toujours par les perdre ou les oublier, alors,  je le répète encore une fois pour les plus sourds d’entre vous, la veille du départ je passe ma semaine à courir, parce que rien n’était prêt et que je préférais faire mon malin sur Facebook plutôt que de me sortir les doigts du sphincter.
Donc jusqu’à 02h30, je termine les derniers préparatifs en me disant que si j’avais un jour de plus je pourrais préparer un tas d’autres choses encore. Et quand le réveil se met en route à 07h00, je me dis que 550 kms avec 650 kg au cul, aprés 4 h de sommeil, c’est vraiment pas une bonne idée. Mais je ne lutte pas et me laisse dépasser par le besoin de dormir. Le problême est bien là, il faut que je m’endorme tout de suite, sinon, je marne à l’endormissement. La fatigue vous empêche de cauchemarder et surtout de vous en souvenir au réveil.
N’importe qui se sauve par le sommeil, n’importe qui a du génie en dormant: point de différence entre les rêves d’un boucher et ceux d’un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu’une telle merveille dure, ni que l’inspiration soit mise à la portée de tous: le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense.

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La rose des vents…j’adore ce lieu ! Je pense à JP surtout !
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Une dent, une seule…L’angoisse de la voir se barrer !

Lorsque l’attache caravane claque dans le petit matin, la pluie se met à redoubler, derrière les essuies glaces, le GPS me raconte n’importe quoi, remonter sur Nancy…Pourquoi pas Roubaix ou Tourcoing. Je ne me doute déjà pas que je vais prendre la mauvaise décision. Quelles conneries que ces orthèses, GPS, GSM, C’était quand même mieux de s’engueuler pour des cartes papiers ou de pisser un coup avant de passer en cabine, voir même à ne pas téléphoner…c’était quand même plus simple !
En arrivant au bout de la rue, je me dis déjà que je suis complétement inconscient et je me rassure immédiatement, si j’ai une telle pensée c’est que je ne suis pas complétement taré ! Avant Lure, je me rends compte que j’ai oublié la thermos de café que je m’étais patiemment sucré. Au fond, on arrive à se détester pour des choses simples ! Premier arrêt à la « Rose des Vents » un peu avant Langres, une sorte de pèlerinage, un garage abandonné depuis de nombreuses années qui reste figé. Un endroit qui pourrait vous faire croire que les choses sont immuables. Mon cul, quand je pense à toutes celles et ceux avec qui j’ai fais cette route, et bien je fais un gros doigt aux poncifs et aux phrases toutes faites !

« A force d’aller au fond des choses, on y reste. »

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La fabuleuse réplique de Lanoux dans le film de Bonvoisin : Le grand Charles et moi ont est pareil : nous on aime l’effort, mais on ne le pratique pas.

Passé Langres, je n’en peux plus, la RN 19 est un calvaire, longue, sinueuse, ennuyante, avec un nombre incalculable de camions, à se demander pourquoi les lobbys du poids lourds réclament sans cesse des autoroutes ? Bon à bien regarder les immatriculations et les nationalités des 40 tonnes, on comprend mieux ! C’est vrai l’autoroute c’est cher. Merci Vinci, merci Bouygues, merci l’État ! C’est la vue du mémorial de Colombey les deux Eglises qui va m’achever, la température frôle les 7°C et la pluie n’a pas cessé. Faut que je dorme.

« Le destin de l’homme est d’épuiser l’idée de Dieu. »

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dans le gaz, sur une aire : combien de temps j’ai dormi ?

Je suis réveillé par des coups contre la vitre de la bagnole, j’ai pas encore vu la trogne des deux gus qui matent l’air inquiet au travers du carreau, mon premier réflexe  est de lancer une œillade au rétroviseur, histoire de me rassurer de la bonne présence de ma fée.
“-Ca va monsieur ?
-…? »“, la vache, je suis ensuccé ! A voir la tête pleine de cheveux gras du grand maigre et la parodontite de son acolyte, mon instinct de survie me recommande une fuite éminente.
-« On voyais que vous baviez, on s’inquiétaient ! »
« En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre des ricanements. »

Va s’en suivre une rencontre plutôt inattendu et sympathique. Deux forains qui se demandent se qui se trame dans cette roulotte si joliment peinte. Si je ne serais pas, moi aussi, un fils du vent, une sorte de bonimenteur ou de prédicateur de bonne aventure ?
A des kilomètres de Provins, ils me souhaitent bonne chance pour me rendre à Paris en acquiesçant le coût élevé de l’autoroute…mais quand même, si loin par la Nationale, faut un peu être cogné !
Et justement à la hauteur de Provins, les choses se gâtent, la pluie et les camions redoublent d’intensité, sachant que ces phénomènes ont redoublés cinq ou six fois depuis ce matin, je vous laisse à vos imaginations. Toute cette flotte, je sais pas vous, mais ça me donne envie de pisser constamment, à moins que ça agisse sur la prostate, donc je multiplie les arrêts ! Ça devient vraiment interminable ce voyage !

Dans les épreuves cruciales, la cigarette nous est d’une plus grande aide que les Évangiles.

Passé Provins et les pensées qui s’y rattachent, le moyen-age et la franc maçonnerie, l’envie de m’arrêter pour y contempler les remparts, je m’empare de mon téléphone pour envoyer un sms à mon hôte, le Vinc…100 kms !
Oui, 100 kms, avant de le rencontrer ! Depuis combien de temps nous communiquons sans jamais nous être rencontrer? Quatre, cinq ans ? Et tout en fixant le cul du camion devant, je me laisse aller à des questions sur les relations nouvelles qui peuvent se créer grâce à l’internet, mais aussi à cette première rencontre…comment ça va bien se passer entre lui et moi. Aussi angoissé qu’un puceau lors de sa première rencontre, je me rassure !
50, puis 40 kms, la circulation s’intensifie et la pluie s’est arrêté ! Engagé sur le périphérique avec la caravane, je sens mes dessous de bras s’humidifié, et là c’est pas comme une pucelle. Ma dernière virée sur le périph ne s’était pas vraiment bien passé, surtout à l’arrivée. Faut que j’apprenne à prendre sur moi, et là, miracle, une phrase d’Audiard me revient en mémoire : la conduite dans Paris, c’est simple, c’est une question de vocabulaire !
10 kms, ça se passe bien, au final, c’est fluide si on reste zen, les autres usagers de la route sont plutôt cool, faut dire que je force un peu par moment, avec un fer à cheval sur la calandre et un saint Christophe au volant, mes moustaches et mes lunettes 70′, je me sens fort, très fort…Comme quoi des grigri et des faux semblants peuvent faire toute la différence !

Chaque fois que je suis saisis par un accès de fureur, au début je m’en afflige et me méprise, ensuite je me dis : quelle chance, quelle aubaine ! Je suis encore en vie, je fais toujours partie de ces fantômes en chair et en os.

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Photo Marc Lamey

Lorsqu’il reste un kilomètre, je me dis que surement la même chose que Vincent : et si je dois passer la semaine avec un sale con ? 1200 bornes, 3 pleins de gasoil pour m’enquiquiner avec un type qui ne me supportera pas non plus !
Arrivé dans sa rue, il est là, je le vois, il a assuré comme une bête, a réservé une place pour la voiture et la caravane. Je gare l’attelage et là, on se tombe dans les bras. On s’en trouvé, on est deux sales cons ! Deux grandes gueules, imbu d’eux même. Ben ouais, qui se ressemblent s’assemblent, non ? Mais ça on ne le sait pas encore, ce dont on est sûr dans l’instant, c’est que l’on vit un coup de foudre ! On est aussi détestable l’un que l’autre ! Il ne pleut plus, il fait presque chaud…et rien qu’a se regarder on se marre ! Et surtout on va oublier nos souffrances pour vivre l’instant présent…

Le seul service que nous pouvons demander aux autres, c’est de ne pas deviner à quel point nous sommes lamentables.

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Le Vinc et sa sainteté, le Nico ! Le parisien se reconnait à son smartphone qu’il consulte frénétiquement partout, mais vraiment partout !

Il est d’usage de boire un coup lorsque l’on se retrouve ou que l’on se découvre. Nous n’allons pas faillir à la tradition, ces coutumes ancestrales ont étés mises en place pour mieux vivre ensemble. Vincent et Moi, les traditions ont les respectent.
Alors quand Nicolas, sa Sérénité, le Président des Echappées Belles entre dans le restaurant où nous sommes installés avec Vincent, tout bascule. J’ai l’impression de retrouver des potes que j’ai quitté il y a quatre jours ! La loi de la synchronicité continue…
« J’entends par synchronicité les coïncidences, qui ne sont pas rares, d’états de fait subjectifs et objectifs qui ne peuvent être expliquées de façon causale, tout au moins à l’aide de nos moyens actuels » Jung.

Toutes les phrases en gras, sont d’Emil Cioran. Toutes les photos qui accompagnent ce texte sont faites avec un téléphone et une application ad hoc, sauf le Polaroid©, c’est d’ailleurs noté en dessous, mais il a été photographié avec le dit téléphone. Vous suivez ? Moi c’est limite !

… la suite des aventures des EB3 : On ne peut être normal et vivant à la fois.

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